Journée de pauvre

Une pause pour rassembler mes esprits avant d’attaquer la longue journée exaltante qui m’attend. Remplir et déposer le dossier de cmu, courir après une assistante sociale compétente s’il s’en trouve, appeler les gens qui contrôlent mes revenus pour savoir s’il n’auraient pas, par hasard un mail où je pourrais leur envoyer le document qu’ils me demandent, écrire mon courrier de recours pour la Banque Postale et lui demander comment il se fait qu’elle se permet de me coller plus de 100 euros de frais en un mois alors qu’on me refuse un prêt sous prétexte que je ne peux pas le rembourser. « Il ne faut pas faire de chèques » dit la dame, la question de savoir comment je vais faire pour manger sortant apparemment son champ de réflexion.

Autant d ‘activités riches et productives qui ne feront rien avancer d’un iota mais qui m’occuperont et donneront de quoi s’occuper à quelques fonctionnaires.
C’est ainsi qu’on occupe les pauvres, leur trouvant dans cesse de nouveaux labyrinthes à cartographier. Être pauvre, c’est un boulot à plein temps. Ça ne vous laisse guère le loisir pour autre chose. J’écris des poèmes entre deux portes, trois coups de téléphones vains, quatre recherches inutiles. J’écris des poèmes en douce comme lorsque enfant, j’écrivais au lieu de faire mes devoirs. À presque 50 ans, j’en suis encore à écrire en catimini, à écrire en dépit de « l’aide » qu’on m’octroie, la poésie sauvant ce qu’elle peut, se sauvant comme elle peut.

Hymne à l’inventeur du bouchon d’oreille

Hymne à l’inventeur du bouchon d’oreille
A toi le protecteur des amants de Morphée
Toi qui sur nos rêves et nos cauchemars veille
Que tu sois ici à jamais remercié

On ne saura jamais qui tu es d’où tu viens
Ni comment cette idée dans ton esprit germa
Fille peut-être d’Ulysse attaché à son mât
Protégeant ses amis des sirènes par ses soins

On ne dira jamais la joie des douces pauses
D’une âme reconnaissante par toi rassérénée
Repose, ami très cher, que ton âme virtuose
S’unisse au souffle serein de nos sommeils réglés

Silences

Silences
A l’epaisseur
Du papier parchemin
si fragiles
Qu’on en parle
À peine
Et qu’on froisse
D’un claquement
De doigts
D’un battement de main
Silences
Si profond
Que le pourrait si perdre
En y suivant l’écho
D’une marche égarée
Silences si épais
Que le couteau renonce
Silences
Du bruissement des clochettes
Du muguet au vent de mai
Silences
Vous me manquez
O comme vous me manquez

Poème

Un poème du matin
Avant que le flot amer
Des nouvelles sinistres
N’emporte
Ce que le douce nuit
Apportait de repos
Au chagrin

Un poème du matin
Pour invoquer l’espoir
Et ces mots nobles
Qu’hier on chantait en refrain

Un poème pour tendre
La corde d’amitié
Offrir le brin de paix
Dérouler le fil rouge

Un poème pour trouver
La sortie du labyrinthe
Des cauchemars erratiques
Mettre un peu
La vie en musique
Se donner du bonheur
Et tracer un chemin

image

Ça passe et ça repasse. Devant la maison. Un peu moins depuis qu’il fait froid. Le vieux à béret noir et panier de course en osier. Le black fumant sa clope qui sort le chien de la voisine. Le gros black baraqué de l’immeuble d’à côté qui rentre du supermarché, son pain sous le bras. On ne traine pas. La voisine du dessus sors faire son marché, ferme sa porte, ferme et referme ses verrous. Elle aime les bruits bizarres, les chasses d’eau qui tombe en cataractes, le son des verrous. Celle du dessous, elle c’est le son de son caddie de marché dévalant l’escalier qui l’excite. Je suis sûre qu’elle jouit à chaque marche. C’est comme ça, la vie des gens qui doutent de leur propre existence, ils ont besoin de faire du bruit pour s’entendre exister, comme d’autres se pincent. Ou écrivent. Chacun son truc.

image